Les limites des modèles traditionnels

Limites du business model open source

  • Absence de support commercial / de services commerciaux
  • Fréquence de mise à jour élevée
  • Absence (ou faiblesse) de la roadmap
  • Contraintes liées aux licences open source
  • Pas de réseau de distribution structuré
  • Ecart fonctionnel

La plupart des freins pour les entreprises succeptibles de choisir une solution open source sont donc liés aux risques potentiel : disparition du logiciel (d'autant plus élevé que la communauté est jeune), manque de support (si aucune structure commerciale pérenne n'existe), absence de contrôle sur le développement... etc.

beekeeper open source.png

Comme on peut le voir sur le modèle, ce qui manque au modèle open source, c'est un réseau de distribution, un service après-vente et un réseau de partenaires.

Limites du modèle propriétaire

  • Coût de développement plus élevé (absence de communauté)
  • Peu de feedback des utilisateurs (implication moindre)
  • Coût de marketing élevé (du fait du manque de transparence)

Les limitations du modèle commercial sont liées à une moins bonne adaptation au marché, à une plus faible capacité d'innovation et à un coût supérieur au modèle open source.

beekeeper proprietary.png

Comme on peut le voir sur ce schéma, ce qui manque au modèle propriétaire c'est une communauté.

Le modèle POSS

L'idée du modèle POSS est de combiner le meilleur des deux mondes en quelque sorte : conserver ce qui fait la force des projets open source, à savoir la dynamique communautaire qui améliore la créativité et l'innovation ainsi que le rythme de développement, tout en mettant en place une structure de support, de distribution et un réseau de partenaires. James Dixon part d'une analogie assez intéressante avec le modèle économique de l'apiculteur :

beekeeper Bee Farm.png

En rapprochant cela de notre business model logiciel cela donne :

beekeeper poss.png

  • Chaque ruche dispose d'une Reine. Pour commencer une nouvelle ruche l'apiculteur doit attirer une Reine et suffisamment d'abeilles pour que la ruche soit viable. De la même manière les projets open source ont souvent un fondateur unique qui est le leader principal du projet.
  • Plus l'apiculteur investi de temps et d'efforts dans la ruche avant de vendre son miel, plus la croissance de son activité va être importante. De la même manière l'open source professionnel doit d'abord bâtir une communauté qui aide à développer une application commercialement viable. Plus une communauté peut se focaliser sur l'adoption de sa solution par une base solide de développeurs, designers, testeurs, plutôt que de chercher un retour financier rapide, mieux ce sera.
  • Les abeilles sont libres de partir quand elles en ont envie. L'apiculteur ne peut donc pas les contrôler, il doit s'occuper de ses abeilles en leur donnant un environnement favorable à la production du miel. Dans notre cas, cela signifie que l'élément clé pour qu'une communauté se porte bien, c'est qu'on lui fournisse un environnement propice aux échanges d'informations. Tout comme les abeilles peuvent piquer, les membres de la communauté peuvent critiquer un projet voire même décider de "forker" autrement dit de démarrer une communauté ailleurs.
  • La croissance d'une apiculture dépend de la quantité de miel et de cire qu'il peut vendre à ses clients, à ses distributeurs et partenaires. La quantité qu'il peut vendre dépend quant à elle de ses qualités de gestionnaire et de la quantité de cire qu'il laisse aux abeilles. L'enjeu pour l'apiculteur est de trouver l'équilibre entre la croissance de sa population d'abeilles et celle de sa clientèle. De la même manière les leaders d'une communauté open source doivent veiller à conserver un équilibre entre la croissance de leur communauté et la clientèle professionnelle qui utilisent l'application. Faute de quoi, ils risquent soit de ne pas avoir les moyens de financer l'environnement nécessaire à la communauté soit de ne pas disposer d'une communauté suffisante pour répondre aux besoins de leur client.
  • Les clients n'ont aucune envie d'avoir affaire aux abeilles. Les abeilles ne peuvent pas satisfaire les besoins des clients de l'apiculteur. C'est le travail de l'apiculteur qui transforme les efforts des abeilles en un produit utile pour les client. Le miel dans la ruche est le même que celui dans le pot, mais seul le miel en pot intéresse les clients. De la même manière les entreprises ne souhaitent pas avoir affaire aux communautés open source. Ils veulent un produit "fini".
  • L'argent des clients ne sert à rien aux abeilles, mais l'apiculteur peut s'en servir pour acheter d'autres ruches, de la nourriture, des médicaments... De la même manière la motivation des clients qui utilisent des solutions open source n'est pas d'aider la communauté mais bien d'acheter un service.
  • Chaque abeille apporte une contribution au système. Il faut un grand nombre d'abeille pour que la ruche soit productive. De la même manière la contribution des membres de la communauté est dans la plupart des cas marginale.
  • Les clients ne sont pas des abeilles et les abeilles ne sont pas des clients et il est impossible de convertir l'un en l'autre. Il n'est pas possible pour une abeille d'acheter un produit, et pour le client de fabriquer du miel. On pourrait penser que l'analogie ne s'applique pas au modèle POSS mais ce n'est pas le cas. Les clients sont des entreprises, les commaunautés sont des individus. Ils ont des besoins différents. C'est une distincition importante à garder à l'esprit lorsque l'on tente de transformer les membres d'une communauté en clients. Dans la plupart des cas, cela n'est pas possible. Par contre il est possible de transformer l'employeur d'un membre de la communauté en client. Pour cela, la meilleure méthode est de communiquer sur les services commerciaux disponibles (support, développement custom, etc...).

Evidemment, cette idée n'est pas nouvelle et c'est même la base de l'activité économique qui s'est développée avec l'offre de service autour de solutions open source (des exemple comme Linagora sont parmi les plus connus). A l'heure où les applications open source sont de plus en plus prégnantes dans l'activité économique et où le modèle propriétaire montre ses limites dans un monde qui rationnalise les coûts et dont le rythme d'innovation est de plus en plus rapide, le challenge pour ceux d'entre nous qui travaillent à l'intersection des communautés et des entreprises est de réussir à trouver le business model adéquat. Cette modélisation originale contribue certainement à clarifier les clés de l'équilibre entre dynamique communautaire et dynamique du marché.